La Vénus de Quinipily - une Isis gallo-romaine

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La Vénus de Quinipily - une Isis gallo-romaine

Message  Invité le Jeu 13 Déc - 8:38

Comment une sculpture égyptomaniaque en pierre dure du pays est-elle installée à Baud, dans le Morbihan ? Quel légionnaire de retour au pays a-t-il fait reproduire son souvenir de la Grande déesse des Egyptiens ? Où pouvait-elle être adorée ? Qui la vénérait ? Et, finalement, n’est ce pas un beau canular, la sculpture antique trop détériorée aurait été remplacée par une copie du XVIIIe siècle ?

Source : Extrait texte de Sylvie CAROFF Professeur d'Histoire - Egyptologue



Dernière édition par Anna le Jeu 13 Déc - 8:47, édité 2 fois

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Re: La Vénus de Quinipily - une Isis gallo-romaine

Message  Invité le Jeu 13 Déc - 8:38

La Vénus de Quinipily Une Isis-Aphrodite-Vénus domine un jardin Installée dans un jardin privé, elle est nue, vêtue comme unique atour, d’une écharpe nouée. Cette écharpe lui entoure le cou puis descend au milieu du corps jusqu’à mi-cuisse. Sa physionomie plutôt rondelette. Sa perruque est courte, ses cheveux ramenés en arrière maintenus par un bandeau ou diadème. Ses mains sont croisées sur son ventre. Par contre, sa poitrine est légèrement dessinée.
Cette ronde-bosse hiératique a la pose égyptienne : debout sur un socle, les deux pieds accolés, elle semble regarder l’avenir. Son piédestal ne lui permet plus de regarder les visiteurs car il nous faut imaginer qu’à son emplacement d’origine elle était au niveau de ses adeptes. Aujourd’hui, elle contemple de haut l’autre versant de la vallée du Blavet. Une drôle d’inscription est inscrite sur le bandeau qui lui ceint le front : certains y lisent « LIT » d’autres « TIT » : trois lettres qui nous parlent. Doit-on y lire notre noeud d’Isis, le tit, et ce serait pour nous un élément à mettre au dossier d’une Isis.

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Re: La Vénus de Quinipily - une Isis gallo-romaine

Message  Invité le Jeu 13 Déc - 8:39

Pourquoi ce jardin ?
La seigneurie de Quinipily dépendait de la vicomté (puis duché) de Rohan. Un château y est bâti au XVe siècle. Quinipily signifierait « montagne de pierres ».
A proximité de la voie romaine reliant Locmariaquer à Carhaix, ce vieux castel devait se localiser sur la colline qui surplombe aujourd’hui notre statue. Une chapelle dédiée à saint Michel au-dessus de cette résidence a elle aussi disparu mais une fontaine et un lavoir existent toujours; c’est la fontaine qui alimentait le dispositif de notre statue-fontaine.

Notre sculpture a été déplacée car on la cite à Castennec près de Saint-Nicolas-des-Eaux à 15 km plus au Nord, sur la commune de Bieuzy-les-Eaux.

Son histoire est officiellement connue par un manuscrit conservé chez le notaire de Baud, M. Blaise et recopié vers 1840 par M. Bizeul.
« Dans la paroisse de Bieuzy, evesché de Vannes, proche du pont de Saint-Nicolas-des–Eaux, il y a une petite montagne qui est presque entourée de la rivière de Blavet. Il y avait sur cette montagne une statue antique, grossièrement taillée, qui représentait une grosse femme d’environ sept pieds de hauteur. Le vulgaire l’appelait en breton Groa Hoart, qui veut dire en français « la vieille gardienne » . Il y avait auprès de cette statue une fort belle pierre ou bassin qui peut contenir près de deux pipes d’eau »… « Les hommes se voyant atteints de maladies, comme catarrhes et rhumatismes allaient y toucher les membres infirmes. Les femmes relevées de couches s’y faisaient faire des bains dans le bassin pour être rétablies. Les filles qui avaient envie de se marier faisaient aussi leurs offrandes d’une manière indécente, pour obtenir leurs souhaits. »
Les hommes atteints de catarrhes et de rhumatismes allaient la toucher de leurs membres malades et les filles en âge de se marier lui faisaient des offrandes. Mais, il est stipulé de manière indécente. Or, nous connaissons des statuettes d’Isis dans une position indécente : les jupes relevées, elle montre son sexe avec les jambes écartées (nous en reparlerons plus bas).
En 1661, on lui voue donc ce culte païen ou populaire qui lui vaut l’anathème lorsqu’une mission catholique traverse la paroisse de Baud. Elle est jetée dans le Blavet à la requête de l’évêque de Vannes, Charles de Rosmadec, par le comte Claude de Lannion. En 1664, ses dévots l’en retirent et à nouveau, elle redevient un objet de culte populaire. En effet, des pluies continuelles ont endommagé les récoltes et dans un contexte de société agraire, l’idée germe que les dieux sont fâchés.
Le moine de Saint-Gildas relate ses « relevailles » :
« En l’an 1664, l’agent de la Maison de Kervent fit tirer la statue de la rivière, avec grande peine, et à la force de plusieurs paires de boeufs, et la fît mettre sur la terre où elle est pour ce jourd’huy couchée sur le dos et se voit au bord de la rivière ; mais mutilée en plusieurs parties de son corps à coups de marteau, et néanmoins peut-on encore aisément connaître que c’était véritablement la figure de Vénus, par l’épithète de callipyge que les poètes lui ont attribuée .»
L’évêque de Vannes averti par ce moine demande à nouveau qu’on détruise cette idole. Des ouvriers requis par le comte sont confrontés à une émeute et donc en 1670, ils la mutilent : on burine ses joues et ses formes indécentes ; d’autres parlent d’un sein et d’un bras. On la noie de nouveau et ceci pour 34 ans !
Le comte de Lannion fit une chute de cheval lors d’une chasse, vers 1672 qui lui fit perdre l’usage de la parole pendant 24 heures. Les paysans eurent tôt fait de l’imputer à une vengeance de leur déesse.
En 1695, Claude de Lannion décède et donc son fils, Pierre de Lannion, devient « seigneur de Quinipily ».
Le comte a fait rechercher la statue antique qui ressort des ondes. Il l’a fait retailler et il l’amène pour orner le parc de son château de Baud. Les sources nous citent le chiffre de 230 paires de boeufs chargés du voyage de l’idole du canal du Blavet jusqu’au parc. Pour l’avoir fait retailler, certains ont stipulé qu’il avait fait installer un faux dans son parc.
Or, une fois émergée, il semblerait que la statue soit en très mauvais état et qu’elle s’effrite. Deux hypothèses voient le jour :
1) Notre statue est l’original mais retravaillée à la suite de son passage de 34 ans dans les eaux du Blavet. Ce qui expliquerait ses bras trop maigres qui avaient été entamés par les envoyés de l’évêque. D’autre part, le pagne aurait ainsi disparu et ne subsisterait plus que les franges à mi-cuisse du long foulard.
2) Ce n’est qu’une copie du XVIIIe siècle car l’original était trop détérioré. Le modèle aurait alors disparu.

Les dimensions données par le moine de Saint-Gildas sont de « sept pieds » soit 2, 27 m or, aujourd’hui, la statue seule, mesure 2 m 20 de haut.

La statue et le réceptacle sont en granit. Le piédestal sur laquelle repose cette sculpture est incontestablement du XVIIIe siècle comme l’indique l’inscription latine qu’on y a apposée. Ce socle mesure 40 cm et a été sculpté dans du granit.

Son association à Isis date de 1810 quand Maudet de Penhouët publie « Antiquités égyptiennes dans le département du Morbihan » où il démontre que les légionnaires du camp adoraient Isis l’Egyptienne. Il voit même dans « Bieuzy » une « Bea-Isi » En effet, si on ouvre le dossier de l’emplacement d’origine, on note que le Sulim de la carte de Peutinger datant de l’époque de Théodose était un lieu de franchissement du Blavet, à la jonction de deux voies romaines. Ce promontoire inexpugnable au-dessus du Blavet culminait à 70-80 m de hauteur. Les deux voies romaines conduisaient l’une de Carhaix à Vannes et la seconde de Rennes à Quimper. Aquae Sulis était une station thermale réputée à l’époque gallo-romaine. Sulim est devenu Bieuzy. Or, je m’interroge sur ce rôle de l’eau curative liée à un sanctuaire de source. A Chateaubleau en Seine-et-Marne, il existe un site archéologique présentant des caractères similaires.
Un autre sanctuaire des eaux et en zone rurale se localise à Grand dans les Vosges, les divinités citées sont plus variées d’Apollon Grannus, Jupiter, Mercure, Esculape, Hygie mais aussi des déesses celtiques Epona et Rosmerta.

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Re: La Vénus de Quinipily - une Isis gallo-romaine

Message  Invité le Jeu 13 Déc - 8:39

En conclusion : que pensez ? Une statue de culte de toute antiquité ! Ainsi, si nous résumons, ce monolithe de granit imposant de taille colossale, a dû constituer le coeur d’un sanctuaire antique. Les ruines de ce dernier devaient se localiser au centre du camp romain installé sur un lieu d’occupation préhistorique. Le nom conservé par les populations locales de Vénus, puis de Notre-Dame-de-la- Garde semble légitimer l’ancienneté d’un culte à une divinité féminine en rapport avec les femmes, nouvelles mamans, jeunes filles en âge de se marier. Une statue de fécondité… mais la faiblesse de sa poitrine nous renvoie aux magnifiques statues gréco-romaines où la mode de l’époque façonnait de petits seins aux déesses dénudées. D’autre part, une divinité guérisseuse pour les mâles : rhumatismes, catarrhes et une entité des eaux. La culture populaire date de nos ancêtres les Gaulois.
La statue n’a pas pu être réutilisée par le christianisme en l’état car ce corps est nu.

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Re: La Vénus de Quinipily - une Isis gallo-romaine

Message  Invité le Jeu 13 Déc - 8:40

Isis-Aphrodite-Vénus
« Isis, Mère des dieux » a traversé les flots de la mer pour s’établir durablement en Occident sous l’empire romain. Peu d’études ont été menées sur son implantation en Gaule et encore moins en Armorique.
Un culte d’Isis sous sa forme la plus populaire, rapporté par les légionnaires d’Egypte, une statuette de calcaire ou un bronze aurait servi à un sculpteur Le granit breton ressemble de très loin au granite égyptien.

Isis de Castennec protectrice des Bretons Notre statue, originale ou copie d’un original a bien été une statue de culte. Objet d’un rite des eaux sacrées car curatives. Connue de haute antiquité, il semblerait qu’elle soit celtique et que les Romains l’aient adopté, lui ont érigé un temple à l’intérieur de l’oppidum de Castennec. Isis à l’époque impériale a perdu ses caractères égyptiens, le relief du Vatican se rapproche de notre document, c’est sa pose toute hiératique qui reste l’élément majeur à mettre au compte d’une Isis. Cette position est typique et devait être reconnue comme telle dans l’Empire ; le foulard frangé au tit est bien un élément vestimentaire spécifique au contexte isiaque. Sa nudité est un apanage récent et impérial à mettre sur le compte d’un culte plutôt masculin et soldatesque. La présence de voies romaines permettant d’y accéder aisément explique la popularité d’un culte. Les légionnaires voyagent et transportent les dieux, nous avons montré quelques exemples d’objets égyptiens découverts en Bretagne. Il est évident que la taille de cette ronde-bosse explique qu’elle ait survécue à un démembrement et qu’elle était bien colossale pour être vue.


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