Hésychia et Dhikr

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Hésychia et Dhikr

Message  Siroco le Lun 18 Sep - 13:59

Certainement pas en moi l'idée de faire du saint crétinisme ( syncrétisme)


mais je m'intéresse et suis dans la pratique du Dhikr et je suis frappé de pas mal de points communs avec la prière continuelle dans le Christianisme,

donc mon objectif est de juste relever certains points en parallèle entre certaines traditions où parmi
le panel de techniques se trouve cette pratique de la répétition d'une formule sacrée
alliée à une discipline ou méditations et jeûne entre autre

côté chrétien , la Tradition des Pères du Désert insiste beaucoup sur l'esychia qui désigne à la foix une paix de l'esprit et du cœur et ce qui en émane, mais c'est aussi le nom d'un courant spirituel au sein des églises byzantines qui consistait en la répétition d'une formule divine, évidemment les deux sont liés , de l'un émane l'autre

si je reprends Matta el maskine dans son chapitre sur la prière continuelle ( source : l'expérience de Dieu à travers la vie de prière)
il indique qu'elle constitue l'oeuvre spirituelle la plus importante et la plus élevée qui, si elle est menée avec succès, peut nous faire parvenir aux cimes de la vie spirituelle

«  la prière continuelle est une discipline spirituelle particulière qui engage les facultés intérieures de l'âme et affecte des centres précis du cerveau, en vue d'acquérir le calme intérieur nécessaire pour parvenir à un état de veille spirituelle constante et de perception permanente de la présence divine, accompagnée d'une maîtrise complète des pensées et des passions ».

«  je dors , mais mon cœur veille » cantique 5,2
«  Lorsque Tu as dit « cherchez Ma Face », mon cœur t'as dit : c'est Ta Face , Seigneur que je cherche » ( Psaume 27,Cool

cette forme de prière est déjà mentionnée dans les enseignements des premires Pères des déserts d'Egypte au IVème siècle
Saint Macaire le Grand parle de la récitation constante du doux nom de Jésus
et l'abbé Isaac, disciple de saint Antoine le Grand faisait l'éloge de la récitation constante d'un verset des psaumes
Psaume 70,2
Seigneur vient à mon aide, Seigneur hâte-toi de me secourir »

je vous prie de bien vouloir garder en mémoire ce verset des Psaumes
, car il semble désigner une réalité divine de la source, comme si il y a avait de Dieu deux formes de secours, réalité spirituelle gôutée et désignée par la sainte Thérèse d'Avilla ( un secours divin d'ordre « générale ») et un secours divin d'ordre « particulier »)
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Re: Hésychia et Dhikr

Message  Siroco le Lun 18 Sep - 14:03

Cela semble une clé de la prière du cœur, et on peut souligner un parallèlisme avec la basmallah ( "le Tout-Miséricorde, le Très Miséricorde")

En effet,

selon l'éxégèse musulmane,
le Tout-Miséricordieux désigne une immense Miséricorde générale attribuée à toutes les créatures sans distinctions

et le Très-Miséricordieux est une Miséricorde « particulière » et supplémentaire attribuée uniquement aux croyants dans l'au delà
je dirais plutôt accordés à ceux qui veulent se rapprocher de Dieu, à partir d'un certain degrés qui est désigné comme « l' au delà » mais ce terme à mon sens ne désigne pas « au delà de la vie organique » mais le dépassement d'un certain seuil de détachement ( aux contingences matérielles)

quand vous aurez visionné les deux vidéos de Jrean Khoury sur la prière du cœur, vous verrez que c'est pas si different du scours d'ordre générale et secours d'ordre particulière de sainte thérèse d'avilla

je ne fais pas de syncrétisme encore une fois je note en parallèle certaines vérités propre à chacune des traditions

d'ailleurs , les moines Hésychastes recommandaient de « fixer l'âme » soit au niveau de la poitrine ou au niveau du nombril en récitant la prière continuelle

or,
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Re: Hésychia et Dhikr

Message  Siroco le Lun 18 Sep - 14:07

Dans son étude sur le monachisme du Bouddhisme chinois, Wieger note sur le Yoga Théiste
( page 148 pdf)
----------------------------------------
Le souffle étant le principe de la vie, le support du moi, le lien vital (système Sāmkhya), sa réglementation se répercute sur tout l’être. Déréglé, il trouble l’ordre. Réglé, il harmonise l’ensemble. Digéré et assimilé, il nourrit le corps. Il purifie aussi et rafraichit l’intérieur, en l’aérant, en le ventilant. Il évapore insensiblement le résidu moral, le karman.

De plus, le souffle rythmé est considéré comme la prière continuelle à Īsvara, qui remplace toutes les pratiques rituelles...

L’unité de mesure pour la respiration réglée, est mātra le temps que prend un clignement d’oeil normal.

L’inspiration doit durer 16 mātra, la rétention de l’air 64 mātra, l’expiration 32 mātra. Trois fois par jour, le Yogi s’exerce, jusqu’à ce qu’il ait fait 80 respirations de suite, suivant ce métronome naturel.

Viennent ensuite d’autres exercices, qui ont pour but la rétraction des sens, la suppression active de leurs témoignages. —
Puis la fixation de la pensée sur son âme. Comme celle-ci est difficile à saisir, on fixe des yeux le coeur ou le nombril, la pointe ou la racine du nez, ce qui aide la pensée à saisir l’âme. 1— Puis, ce qu’on appelle souvent improprement méditation, dhyāna, l’unification de la pensée (Patañjali), la contemplation soutenue de l’être dépourvu d’accidents. Poussée jusqu’à l’inconscience et jointe à la ventilation interne, cette concentration anéantit le cocon passé, et la possibilité d’un cocon futur. Pasager d’abord, atteint par intervalles puis reperdu, cet état devient de plus en plus durable, et définitif à la mort. 
----------------------------------------------
Donc la pratique des moines hésychastes a des similitudes avec le yoga

d'ailleurs l'auteur nous propose en remarque de comparer avec les moines Hésychastes du mont Athos, non pas au sujet de la répétition d'une formule sacrée mais au sujet déjà de la respiration  

citation en bas page 148

1 Comparer les Hésychiastes ou Omphalopsyques du mont Athos : « Étant seul dans la cellule, assieds-toi en un coin. Élève ton esprit au-dessus de toutes les choses vaines et passagères. Ensuite appuie ta barbe sur ta poitrine, tourne tes yeux avec toute ta pensée au milieu de ton ventre, c’est-à-dire au nombril. Retiens encore ta respiration, même par le nez. Cherche dans tes entrailles la place du coeur, où habitent les puissances de l’âme.. D’abord tu y trouveras des ténèbres épaisses ; mais si tu persévères, continuant cette pratique jour et nuit, tu trouveras une joie sans interruption. Car sitôt que l’esprit a trouvé la place du coeur, il voit le souffle qui est dans le coeur, il se voit lui-même (son âme) lumineux et plein de discernement. » Nil novi sub sole.  

et dans le soufisme du Moyen Age pratiquée dans le nord de l'Iran, dans la tariqa Kubrawiya une posture assise pour pratiquée le dhikr avait directement un lien avec une posture de méditation taoïste

Isfaranayi ? , le Révélateur des Mystères page 48

pour en revenir à la prière du cœur, qui est la prière ou invocation continuelle, qui finit , étape par étape par « couler dans le coeur »


Dernière édition par Siroco le Lun 18 Sep - 14:17, édité 1 fois
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Re: Hésychia et Dhikr

Message  Siroco le Lun 18 Sep - 14:16

voici 2 vidéos de Jean Khoury très interessantes sur les préalables à la prière continuelle, ainsi que des conseils judicieux pourque notre vibration de soi à Dieu soi similaire à la vibration de Dieu vers soi, même fréquence

video 1 :



video 2 :


et ci-joint, les conseils de Matthieu le pauvre au sujet de la prière continuelle ( source : toujours , l'experience de Dieu à travers la vie de prière )


Principes de bases pour une vie de prière continuelle :

crois tu en Dieu ? Alors que Dieu soit à la base de tout ton comportement
avec Lui , accueille tout ce que tu rencontres dans la vie , bonheur ou tristesse
que ta foi ne change pas chaque jour au gré des circonstances
Ne laisse ni le succès augmenter ta foi
Ni l'échec, la perte ou la maladie l'affaiblir ou l'anéantir

As tu accepté de vivre avec Dieu ?
Alors une fois pour toute mets en Lui toute ta confiance, et n'essais pas de reculer ou de battre en retraite
Sois Lui fidèle jusqu'à la mort

Confie-lui toutes tes affaires matériels et spirituelles
Il est vraiment à même de les régir toutes
Sache que la vie avec Dieu supporte tout : maladie, faim, humiliation …
et ne sois pas surpris si ces choses-là t'arrivent ; prends patience et tu les verras se transformer et se ranger toute de ton côté pour ton plus grabnd bien

Centre ton amour sur Dieu et ne laisse pas les obstacles amoindrir cet amour
au contraire, accueille toute souffrance sans amertume mais avec douceur
à cause de cet amour
car l'amour véritable transforme la souffrance en bonheur

Heureux ceux qui ont été jugés dignes de souffrir pour Son Nom
plus heureux encore ceux qui souhaitent ardemment se sacrifier par amour pour Son Nom


Quelques directives concernant la prière continuelle

Raviver le sentiment d'être en la présence de Dieu qui voit tout ce que nous faisons et entends tout ce que nous disons

Essayer de Lui parler de temps en temps avec des phrases courtes qui traduisent notre état du moment

Associer Dieu à nos travaux en lui demandant d'être présent à nos activités
Lui en rendre compte après les avoir terminer
Le remercier en cas de succès
Lui dire nos regrets en cas d'échecs tout en cherchant les raisons
peut-être nous sommes-nous éloignés de Lui
ou avons-nous omnis de Lui demander de l'aide ?

Essayer de percevoir la voix de Dieu à travers nos travaux
Bien souvent, Il nous parle intérieurement, mais ne Lui étant pas attentif
nous perdons l'essentiel de Ses orientations

Dans les moments critiques, quand nous recevons des nouvelles alarmantes
ou quand nous sommes agressés, demandons-Lui aussitôt conseil
Il est dans l'épreuve l'ami le plus cher et le conseiller le plus sûr

Dès que le cœur commence à s'irriter et les sentiments à s'agiter
tournons-nous vers Lui pour calmer cette agitation néfaste avant qu'elle n'envahisse notre cœur
envie , colère, jugement, vengeance
tout cela nous ferait perdre la grâce de vivre en Sa Présence
car Dieu ne peut cohabiter avec le mal

Essayer autant que possible de ne pas l'oublier, en revant à Lui aussitôt
dès que nos pensées sont prises en flagrant délit de vagabondage


Ne pas entreprendre un travail ou donner une réponse avant d'avoir reçu une incitation de Dieu
Celle-ci devient de plus en plus discernable au fur et à mesure de la fidélité de notre marche
en Sa présence et de notre détermination à vivre avec Lui

Les Objectifs de la prière continuelle

Vivre en permanence en présence de Dieu

Associer Dieu à toutes nos activités, à toutes nos pensées et connaître Sa volonté

Accéder à une vie de joie, en nous approchant de la source même du bonheur :
Dieu, et jouir de Son amour

Acquérir une haute connaissance de Dieu en Son Être-même
( celui qui se connait lui-même, connait Dieu , Saint Antoine le Grand
celui qui se connait , connait son Seigneur , Muhammad )

Pratiquer un heureux détachement de ce monde sans rien y regretter
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Re: Hésychia et Dhikr

Message  Siroco le Lun 18 Sep - 14:21

En vérité, la prière ou invocation continuelle n'est pas une sinécure
elle exige de notre part une grande détermination, de la persévérance, et beaucoup d'attention
N'oublions pas toutefois que ce faisant, nous réalisons le summum de la volonté et du plan divin
(Matta el maskine)

remarque :
Nous pourrions même dire nous réalisons le summum de notre volonté à ce qu'Il vienne à nous et nous réalisons Sa volonté à ce que nous allions vers Lui

2 actes permanents d'une extrême simplicité :
l'Amour de Dieu permanent pour Sa création
et l'amour de la création ( via l'adoration) pour Dieu

ces 2 flux doivent se rencontrer, se complémentariser, s'harmoniser en un mouvement incessant, perpétuel

Appel Divin ( Dieu nous appelle à Lui)
Réponse humaine ( via la prière)

Dans la prière continuelle, ( qui est une incitation aussi bien dans l'Anciens Testament
« je ne suis que prière » ( Psaume)
« je dors, mais mon cœur veille » ( cantique)
«  priez sans cesse » ( Paul)
« Il faut prier sans cesse, sans jamais se lasser » luc , 18,1

nous recevons le secours générale et particulier de Dieu ;
aide divine, amour divin, et guidance divine.


Que ce soit du côté catholique, orthodoxe, protestant, copte

les amis de Dieu ( comme les nomme Saint Jean climaque dans ses degrés de l'Echelle Sainte) qui se sont réalisés en Christ
insistent beaucoup sur l'humilité et l'amour mais sont très avares au niveau des expériences dites surnaturelles au point que l'on croit que le cheminement vers Dieu et Son Christ en sont dépourvus
c'est surtout pour ne pas cherchez cela en cheminant vers Lui




lévitation, « statues miraculeuse », manifestations accompagnant la mort, incorruptibilité des corps défunts, odeur de sainteté, phénomènes lumineux , prodiges solaires , Jeunes religieux et inédits mystiques, communions télékinésiques, apports télékinésiques, pouvoirs sur les éléments, marcher sur l'eau , invulnérabilité au feu, pouvoir sur le règne animal et végatal etc ….

cf je renvois aux 2 tomes de Joachim Bouflet
«  Encyclopédie des phénomènes extraordinaire dans la vie mystique »


il me reste à citer un exemple parmi d'autres dans la tradition orthodoxe : un grand maître de la prière mentale

http://www.seraphim-marc-elie.fr/2015/05/l-ancien-charalampos-maitre-de-la-priere-mentale.html

Le Père Charalampos développa une méthode de prière mentale qui lui était propre et qu'il transmit à ses disciples.

Brièvement évoquée dans ce livre, elle consistait à repousser les pensées (logismoi) - comme le préco¬nise la méthode traditionnelle, qui insiste beaucoup sur l'attention et la vigilance (nepsis ) -

en disant mentalement la Prière plus vite qu'elles ne surgissaient.

De ce fait, le Père Charalampos faisait journellement une quantité de prières inouïe, même en considérant que, selon la pratique de toute la communauté de l'Ancien Joseph, il utilisait une formule plus brève que la formule habituelle .

Il me confia, lors d'un enseignement qu'il me donna, qu'il faisait habituellement 24 chapelets de 300 grains, soit 7200 prières par heure ;

sachant qu'il ne dormait que deux heures par jour et qu'il lui arrivait de consacrer toute la journée à la prière, il pouvait en une journée totaliser presque 160 000 prières .

L'idée d'exploit lui était évidemment étrangère, et il n'était nullement à la recherche de la quantité, mais appliquait à sa manière le commandement du Christ et de l'Apôtre d'être constamment vigilant et de prier sans cesse, l'esprit et le cœur concentrés sur Dieu seul.


Le Père Charalampos acquit dans ce domaine une expérience consi¬dérable, et la réputation non seulement de disposer comme les anciens d'une méthode (methodos ) de prière bien définie et rigoureuse, mais d'être au Mont-Athos, dans les dernières décennies du XXe siècle, le plus grand maître (didaskalos) de la prière hésychaste.


Dans le même temps le Père Charalampos acquit une grande réputation comme confesseur et père spirituel.


... Il faut signaler aussi qu'il mena jusqu'à la fin une vie très ascétique : les trois jours de jeûne hebdomadaires (lundi, mercredi, vendredi), il s'abstenait de toute nourriture et de toute boisson.

Les autres jours, il se contentait d'un unique repas frugal. Il ne dormait que deux heures par jour. En plus de sa charge de célébrant, de confesseur et d'higoumène,

il participait au travail physique de la communauté. A la fin de sa vie, on pouvait le voir au monastère de Dionysiou, occupé à d'humbles tâches, comme la vaisselle ou le balayage.
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Re: Hésychia et Dhikr

Message  Siroco le Lun 18 Sep - 14:27

Le Dhikr

Tout d'abord, les sufis symbolisent par Jésus le cœur ,
et par le lait de Marie nourrissant Jésus bébé la prière ou invocation continuelle qui nourrit le cœur

un très bel article du golden sufi center
( branche naqsbandi en californie)

sur la définition du Dhikr et l'expérience du Néant

source : le Dhikr , un archétype de transformation ( magazine SUFI n° 19 Automne 1993, pp. 26 )
---------------------------------------------------------
Le Néant

Le dhikr est la répétition d'un nom ou d'une phrase sacrée.
Ce peut être la shahada, "La ilaha illa'Llah",
mais c'est le plus souvent l'un des noms ou attributs de Dieu.
On dit qu'il existe 99 noms de Dieu, mais le plus élevé est le nom Allah qui contient tous Ses attributs divins. 

Lorsque Abû Sa'id Abe'l-Khayr ( un maître Naqshbandi) entendit le verset du coran
"Dit Allah! et puis laisse-les s'amuser dans leur égarement" (Coran 6:91),
son cœur fut bouleversé.
Il abandonna ses études et se retira dans la niche de la chapelle de sa maison, où pendant sept ans il répéta "Allah! Allah! Allah!....jusqu'a ce qu'enfin tous les atomes de mon corps se mirent à répéter, Allah! Allah! Allah!"

Selon une tradition ésotérique du soufisme, le mot Allah est composé des particules al et ilah, dont une des interprétations est "néant".

Pour le soufi, le fait que son plus grand nom signifie "le néant" a beaucoup d'importance, car l'expérience de la Vérité ou de Dieu, est aussi l'expérience du Néant.
Et l'un des secrets de la voie est que ce Néant, ce Vide, nous aime, intimement, tendrement et avec une infinie compréhension. Il nous aime au plus profond de notre être, de notre cœur.
Ce n'est pas une entité séparée de nous.
Les soufis sont des amoureux, et le Néant est l'ultime bien-aimé, dans l'étreinte duquel l'amoureux disparaît complètement. 

Peu avant sa mort, le maître soufi de la confrérie Naqshbandi, Bhai Sahib, a dit:
"Il n'y a rien d'autre que le Néant". Il le répéta deux fois, et cela indique l'essence même de la voie soufie, comme Irina Tweedie l'explique: 

Il n'y rien d'autre que le Néant...
Le Néant dans le triple sens suivant:
Le Néant car le petit Moi (l'ego) doit mourir, le disciple doit devenir "rien".
Le Néant, car les étapes supérieures de la conscience représentent le Néant pour l'esprit, c'est une chose inaccessible qui ne peut être perçue. La compréhension totale du point de vue de l'esprit n'étant pas possible, on se retrouve face au Néant.
Enfin, le dernier sens, le plus sublime, est celui où l'on se fond avec l'Océan Lumineux de l'Infini. Je pense que c'est de cette façon qu'il faut le comprendre, et c'est ce que Bhai Sahib voulait dire lorsqu'il parlait du Néant et de l'Unique. 
(Tweedie 1978, pp. 775) 


Ainsi, le nom Allah contient l'essence même du soufisme: devenir rien, s'annihiler en Lui afin qu'il ne reste rien d'autre que ce vide infini. C'est cela la voie de l'amour, c'est la coupe de vin dans laquelle boivent les amoureux. Comme le dit Roumi: 

J'ai vidé la coupe: 
Il n'y a maintenant rien d'autre 
que l'extase de l'annihilation. 
(Liebert 1981, pp. 45) 

Le Souvenir 

Au cœur du dhikr se trouve le principe du souvenir.

En répétant Son nom on se souvient de Lui, pas seulement par l'esprit, mais aussi par le cœur, puis lentement on en arrive à ce que chaque atome de notre corps répète son nom (le dhikr). 

Il est dit que, "d'abord on s'occupe de son dhikr, et ensuite le dhikr s'occupe de nous".
( je dors , mais mon cœur veille)

La façon dont le nom de Dieu imprègne le disciple n'est pas métaphorique mais bien réel.
Le dhikr est magnétisé par le Maître afin d'aligner intérieurement celui-ci avec la voie et le but à atteindre.
C'est pour cette raison que le dhikr doit être donné par un maître, bien que dans certains cas il peut être donné par la conscience supérieure, ou bien traditionnellement par Khidhr. 
( Al-Khidr, le « verdoyant » )

L'un des secrets du dhikr (ou mantra) est que le mot même contient l'essence de ce qu'il nomme. C'est "le mystère de l'identification entre Dieu et Son nom" (Wilson et Pourjavady 1987, pp. 45)
["Au commencement était la Parole, et Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu" (Jean 1:1)].

Le Bien-Aimé n'a pas de nom, car cela le limiterait. Il n'a ni forme ni nom, comme il est écrit dans le Tao: 

Le Tao que l'on peut raconter n'est pas le Tao. 
Le nom que l'on peut nommer n'est pas le nom éternel. 
(Lao Tsu 1973,) 
la Voie et Sa vertue

Et cependant, l'homme l'invoque de diverses façons, et quelle que soit le nom, Il réponds toujours.
Ainsi, les soufis disent,
"Au nom de celui qui n'a pas de nom et qui apparaît quelque soit le nom".
Si on l'appelle par le nom du Christ, il viendra en tant que Christ,
si on l'appelle en tant que Ram, il apparaîtra comme Ram.
Mais le nom 'Allah' est le plus aimé par les soufis, car c'est celui qui est le plus proche du néant qui est son essence.
Ce nom est une ouverture vers son essence divine, permettant à son serviteur de se rapprocher de Lui.

En évoquant son nom dans notre cœur, cela nous aide à se souvenir de Lui, puis à s'unir a Lui pour se perdre dans son néant. 



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Re: Hésychia et Dhikr

Message  Siroco le Mar 19 Sep - 0:13

Compagnie 

Pour l'amoureux se trouve une grande joie dans la répétition du nom de son Bien-Aimé invisible, à la fois si proche et si éloigné.

Lorsqu'Il est proche, il est merveilleux de pouvoir lui rendre grâce pour tous les bienfaits dont il nous comble, pour la douceur de Sa compagnie.

Lorsqu'il est absent, de pouvoir invoquer Son nom, a chaque respiration, nous aide à supporter la douleur de la séparation.

Lorsque l'on se trouve en difficulté, Son nom nous rassure, nous aide, et peut nous donner la force de réduire l'écart qui nous sépare de Lui.

Lorsqu'on invoque Son nom, Il devient présent, même si les épreuves que l'on traverse nous donne l'impression qu'il est loin de nous.

Il aide ses serviteurs quand Il le peut, et dans les moments les plus difficiles, Il peut nous sauver la vie. 

Allah aime ceux qui l'aiment, et Il se souvient de ceux qui se souviennent de Lui.

A travers le dhikr, nous ravivons le lien qui avait toujours existé entre Lui et nous, et devenons conscient de nos plus profonds secrets liés à la vraie unité.

Le nom que nous répétons est le nom par lequel nous Le connaissions avant d'être né.

C'est le nom qui est gravé dans nos cœurs.
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Re: Hésychia et Dhikr

Message  Siroco le Mar 19 Sep - 0:23

Dans un sens plus ésotérique, je vous conseille
Henry corbin, « l'homme de lumière dans le soufisme iranien » qui parle de Kubra

dans son chapitre intitulé Visio Smaragddina , ou «  vision émeraude », une vison théophanique ( ou vision de la manifestation divine)

émeraude comme tabula smaragdina ( la table d'émeraude)

et ce verset de l'apocalypse
et le Trône était environné d'un arc en ciel semblable à de l'émeraude
(Apocalypse 4.3)

dans ma démarche sufi je m'interesse particulièrement à un maître sufi du Moyen âge qui s'appelait kubra
il a fondé une confrérie ( la Kubrawiya) qui a eu une longue suite de maîtres et même s'il existe une vague survivance aux usa cela n'a strictement rien à voir avec ce que c'était,
pas plus d'ailleurs qu'un prétendu descendant de cette confrérie initié par al khidr , dans le caucase et qui me paraît obscur dans ses motivations

les plus proches et qui sont nés à peu près en même temps que lui son les Naqshbandi
dans le soufisme, on est 99% du temps initié par un maître dans la plus pure lignée de transmission de savoir de maître à disciple et d'obeissance à son maître , donc dans la plus pure transmission d'une tradition, ou par une « instance supériere » comme al-Khidr
( le « verdoyant »)
on suppose qu'il est Melsichédek dans l'ancien testament
Est-ce une préfiguration du Christ ?

Pour en revenir à Kûbra, il a écrit un traité
«  les éclosions de la Beauté et les parfums de la Majesté »
ou l'auteur relate ses expériences spirituelles pour guider les sufi lors de leur retraites au niveau des sens intérieurs : clairvoyance et clair audience
si le rêve ( pas tous on est d'accord)
est une partie non négligeable de l'enseignement, un message, une orientation
que peut recevoir un disciple, il ne s'agit pas de cela

le rêve est très très très inférieur à ce qu'on appelle la «  concentration visionnaire »
c'est un voyage dans un univers les yeux fermés, et pleinement éveillé, où on perçoit des formes des couleurs , des théophanies .
Ces couleurs s'apparentant à la vision « aurique »

le sufi voyait clairement les couleurs , les lumières et les ténèbres de façon clairs par un autre organe plus subtile que la vue
il Y a la lumière d'en Haut ( « la Lumière du Trône ») et il y a une lumière d'en bas, ( « la lumière de notre coeur »)
captive car mêlée à son ombre et qui veut joindre cette lumière d'en haut , cette lumière captive, c'est l'homme , et le Dhikr est le remède pour se libérer de son ombre

s'en suit avec la pratique du Dhikr, des visions de plus en plus élevées et des changement de couleurs au fur et à mesure qu'on récite le Dhikr, les organes subtiles se dévelloppent et on se libère de son ombre

extrait des eclosions de la beauté et des parfums de la Majesté :
Cela veut dire précisément que l'ombre est en toi :
te séparer del'ombre,
c'est opérer ta propre métamorphose, et par cette métamorphose
rendre possible la conjonction des deux flamboiements montant
et descendant à la rencontre l'un de l'autre.

« L'existence naturelle est
composée de quatre éléments constitutifs, superposés les uns aux
autres et qui sont tous ténèbres:
la Terre, l'Eau, le Feu et l'Air, et toi

tu es enseveli au-dessous d'eux tous.

Tu ne peux réussir à t'en séparer qu'en agissant de sorte que chaque ayant droit en toi se conjoigne
avec ce à quoi il a droit, c'est-à-dire en faisant que chaque partie
· rejoigne sa contrepartie :
la Terre recevra la partie terrienne,
l'Eau la partie aqueuse,
l' Air la partie éthérique,
le Feu la partie ignée.

Quand chacun aura reçu sa part, tu seras délivré enfin de ces fardeaux.

Les trois adversaires (la nature, l'âme inférieure , le démon)
perturbent la connaissance innée du divin;
ils forment un obstacle entre le coeur et le Trône divin;

ils empêchent la conjonction des deux rayons de lumière.

A cause d'eux, l'homme commence par se trouver dans un état de cécité spirituelle totale

(vous voyez cette conjonction des 2 lumières , repensez aux videos de Jean Khoury sur la prière du cœur : ces deux rayons qui doivent se joindre …..)

Tout l'enjeu de la métamorphose est donc ceci : ou bien l'âme
réussissant à se dégager, l'homme de lumière opère sa rejonction avec
son guide de lumière son « témoin dans le Ciel » (shâhid fi'l-samâ);

ou bien l'âme succombe à sa ténèbre, reste accouplée avec son lblîs,
son ombre démoniaque.

« Convertir son propre Iblîs à l'Islam »~selon l'expression d'Abû'l-Ma'âri et de 'Attâr. c'est opérer la réduction de l'âme inférieure.

Il n'est pas au pouvoir de l'individu de. détruire lblîs dans le monde,

mais il peut en séparer son âme en abolissant l'ombre dans son âme, car Iblîs ne peut se souder à elle que dans l'ombre.

Tout dépend donc de l'effort qui s'applique à la figure centrale des 3 adversaires : l'âme, encadrée de son Iblîs et de l'existence naturelle.

Les étapes de la métamorphose seront repérées au moyen des trois
qualifications que le Qorân confère à l'âme;

à l'éclosion de la troisième, on pourra considérer qu'existe en acte le coeur (qalb),
le centre subtil de lumière,

le Trône dans le microcosme, et par lamême l'organe et le lieu de la conjonction avec la lumière du Trône.
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Re: Hésychia et Dhikr

Message  empathry le Jeu 28 Sep - 23:37

Siroco a écrit: Et l'un des secrets de la voie est que ce Néant, ce Vide, nous aime, intimement, tendrement et avec une infinie compréhension. Il nous aime au plus profond de notre être, de notre cœur.

Siroco ; merci pour ce magnifique post !!!!  

Je ne vais pas te laisser t'échiner tout seul et reprends une petite partie du flambeau.

C'est [pour être devenu N E A N T] une question que je me suis posée durant une vingtaine d'années (le temps minimum pour une digestion d'un N E A N T)

Par N E A N T ; faut-il inclure une notion d'amour ?

Si je deviens N E A N T ; avec qui puis-je encore échanger quoi que ce soit ou bien même quelque amour que ce soit ?

Et pour être re-devenu N E A N T ; j'ai vécu le voyage pour y accéder et effectivement, il y a eu de l'amour (celui de Dieu pourrait-on dire pour faire simple) durant ce voyage mais une fois arrivé au N E A N T ; comment voulez-vous qu'il puisse y avoir de l'amour alors que, n'étant plus rien, vous remplissez tout ce N E A N T.

Il n'y a pas d'autre place alors (par exemple pour l'amour) que RIEN et TOUT A LA FOIS.

empathry

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