Brahmājālasūtta ou le piège du nihilisme et de l'éternalisme

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Brahmājālasūtta ou le piège du nihilisme et de l'éternalisme

Message  Dhyân le Jeu 30 Déc - 7:36

Source : wikipédia

Le Brahmājālasūtta interroge comment les individus s'égarent dans des opinions irraisonnées. Il analyse ces opinions en en répertoriant 62, qu'elles concernent la finitude ou l'infinitude de l'univers, la causalité, le Soi après la mort... Tant le nihilisme que l'éternalisme sont condamnés.
Gautama Bouddha donne ensuite l'image l'un filet : les défenseurs de ces vues sont comme retenus prisonniers, à l'instar de poissons dans le filet d'un pêcheur... Puis, il nomme le sutta : "filet de Brahman", "filet des fausses doctrines", "incomparable victoire après le combat".
Liste des 62 vues fausses :
Les vues 1 à 4 sont éternalistes, 5 à 8 semi-éternalistes. Les vues 9 à 12 sont une spéculation sur la nature de l'univers. Les vues 13 à 16 sont celles de l'agnosticisme irrationnel. Les vues 17 et 18 nient la causalité. Les vues 19 à 50 affirment que le soi continue à exister après la mort, avec les différences que : la perception continue après la mort (vues 19 à 34), elle disparaît après la mort (vues 35 à 42), après la mort il n'y a ni perception ni non-perception (vues 43 à 50). Les vues 51 à 57 sont nihilistes. Les vues 58 à 62 correspondent à des façons erronées d'atteindre l'Absolu dans cette vie.
1 à 4 : le soi et le monde sont éternels.
5 : il y a un créateur, "permanent, stable, éternel", "père de tout ce qui a été et qui sera", mais ses créatures sont mortelles.
6 et 7 : il y a des dieux ("dévas") "permanents, stables, éternels" mais les hommes sont mortels.
8 : le corps est "impermanent, instable, non éternel" mais la pensée, ou l'esprit, ou la conscience, est "un soi qui est permanent, stable, éternel".
9 : "ce monde est fini et contenu dans un cercle".
10 : "le monde est infini et sans aucune limite".
11 : "le monde est à la fois fini et infini".
12 : "le monde n'est ni fini, ni infini".
13 à 16 : quand on ne sait pas si une chose est bonne ou mauvaise, on s'en tire "à l'aide d'arguments évasifs" pour ne pas prendre parti.
17 et 18 : "le soi et le monde viennent à l'existence par hasard". On peut passer de l'état de non-existence à l'état d'existence. "Le soi et le monde viennent à l'existence par hasard, sans cause".
19 à 34 : le soi après la mort est conscient, non-sujet au déclin, et : matériel, immatériel, à la fois matériel et immatériel, ni matériel ni immatériel, fini, infini, les deux, aucun des deux, expérimentant un état de conscience unique, plusieurs états de conscience, des états de conscience limités, des états de conscience illimités, totalement heureux, totalement malheureux, les deux, aucun des deux.
35 à 42 : le soi après la mort est inconscient, non sujet au déclin, et : matériel, immatériel, à la fois matériel et immatériel, ni matériel ni immatériel, fini, infini, les deux, aucun des deux.
43 à 50 : le soi après la mort est ni conscient ni inconscient, non sujet au déclin, et : matériel, immatériel, à la fois matériel et immatériel, ni matériel ni immatériel, fini, infini, les deux, aucun des deux.
51 à 57 : le soi est détruit à la dissolution du corps.
58 à 62 : le soi a réalisé le nirvāna "ici et maintenant" ou le réalise dans un des 4 dhyānas.

Contexte historique :
Le point de vue du Bouddha, qui n'est ni éternaliste, ni nihiliste, ni fataliste, ni agnostique, ni théiste, s'oppose dans ce sūtta à celui des "grands maîtres" philosophiques rivaux de l'époque, qu'un autre sūtta, le Samaññaphala Sūtta ("Les fruits de la vie contemplative"), répertorie, et contre lesquels le Brahmājālasūtta est dirigé :
Purana Kassapa : théorie de la contingence qui nie la rétribution des actes, tout se produisant de façon accidentelle (adhiccasamuppana-vāda)
Makkhali Gosala : fatalisme, la moralité des actes ne compte pas, les êtres s'améliorent automatiquement jusqu'à être libérés (niyati-vāda)
Ajita Kesakambalin : nihilisme (ou matérialisme), la valeur des actes est niée, l'existence de l'individu se termine avec sa mort (ucceda-vāda)
Pakudha Kaccayana : éternalisme, l'être humain est composé de sept éléments qui existent éternellement (sassata-vāda)
Sañjaya Belatthaputta : agnosticisme, les questions ultimes ne trouvent pas d'explication définitive (ajñeya-vāda)
Nigantha Nataputta (qui est le Mahāvīra du jaïnisme) : théorie d'un principe vital éternel, le jîva.
Le théisme (issara-nimmana-vada), selon lequel le monde est la création d'un être suprême, était également professé par plusieurs maîtres brahmanes (Pokkarasati, Tarukkha), qui enseignaient l'union avec Brahma. Le Tevijja Sutta réfute ce point de vue en qualifiant ces maîtres d'aveugles qui mènent des aveugles, "capables de montrer la voie de l'union avec quelqu'un dont ils ne savent rien et qu'ils n'ont pas vu". Le Tittha Sutta affirme de même que « le fait de croire en la création du monde par un être suprême » conduit à un manque d’effort dans la pratique et à l’inaction.

A méditer...


Dernière édition par Dhyân Chohan le Lun 3 Jan - 7:33, édité 2 fois
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Re: Brahmājālasūtta ou le piège du nihilisme et de l'éternalisme

Message  Dhyân le Jeu 30 Déc - 7:43

Vision zen :
Le Chant de l’Éveil

Par Kodo Sawaki

« Englober d’un seul regard l’univers entier et découvrir le satori en contemplant les illusions »

« Si vous avez des questions que vous ne pouvez résoudre, il faut ne débattre aussitôt », a dit Yoka. Il ajoute : « L’humble moine de la montagne que je suis n’a pas de point de vue personnel. » La doctrine qu’il exprime se situe au-delà de lui-même et de son point de vue. Il l’a expérimentée et il sait qu’elle est bonne.

Dans notre langage actuel, la doctrine parfaite que professe Yoka pourrait être qualifiée de « globaliste ». En effet, elle réunit en un tout l’enfer et le Bouddha, englobe d’un seul regard l’univers entier et découvre le satori en contemplant les illusions. Toutefois, si cette doctrine parfaite n’est pas authentique, il est à craindre que notre pratique ne tombe dans l’ornière du nihilisme et de l’éternalisme. Dans le bouddhisme, toute assertion, positive ou négative est une illusion.

La position nihiliste est celle de l’esprit simpliste qui limite sa pensée à l’impermanence des chose : hier n’est pas aujourd’hui et aujourd’hui n’est pas demain. Hier, j’ai volé, mais étant donné que tous les phénomènes sont éphémères, aujourd’hui, logiquement, je ne suis plus un voleur. Il y a ainsi des gens qui font table rase de tout leur passé au nom de l’impermanence.

La position éternaliste considère exclusivement l’évidence de la chaîne de causalité. Elle se transmet de parent à enfant et se prolonge sans discontinuer. C’est-à-dire que je suis né Sawaki et que je resterai toujours Sawaki. Mais cet enfant qui a hérité d’un riche patrimoine a-t-il profité des dons qu’il a reçus à la naissance ? Il était toujours le premier de sa classe à l’école primaire et regardez-le maintenant à cinquante ans : il a le nez rouge et le visage bouffi et gras d’un ivrogne.

Il faut s’éloigner de toute position extrémiste. C’est le sens que je donne au terme « globaliste ». Ne pas se laisser emporter par le courant nihiliste ni par le courant éternaliste et considérer que nihilisme est éternalisme et éternalisme, nihilisme. La chaîne de causalité des phénomènes relève de l’impermanence de tous les phénomènes, et l’impermanence des phénomènes, parce qu’ils naissent et périssent d’instant en instant, est en soi une chaîne de causalité. Dans les sutra Shoman kyo, il est dit que l’impermanence des phénomènes est une vision négative et que la chaîne de causalité est une vision positive parce qu’elle conduit à une délivrance du cycle des renaissances dans le nirvana.

Ces deux positions extrêmes finalement se rejoignent quand, tout d’un coup, on les fourre dans le récipient appelé hishiryo. Le propre d’une doctrine globaliste est d’embrasser les grandes contradictions et de concilier les extrêmes. Tel est l’enseignement parfait. Ajoutons qu’il se situe au-delà des concepts illusoires. Cela ne signifie aps que l’on devient soudain un ballon qui s’envole dans les cieux et que l’on ne souvient plus de rien, mais au contraire que la doctrine est devenue notre moi, notre état d’être, que notre conscience est hishiryo et que nous sommes sans pensées trompeuses. Cette doctrine qui embrasse toute chose doit pénétrer nos entrailles, jusqu’au tréfonds de nous-mêmes, sinon, il est à craindre que notre pratique ne tombe dans l’ornière du nihilisme et de l’éternalisme.

Kodo Sawaki, Le Chant de l’Éveil, traduit par Janine Coursin.
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Re: Brahmājālasūtta ou le piège du nihilisme et de l'éternalisme

Message  Dhyân le Jeu 30 Déc - 7:52

La vision du Madhyamika :
MADHYAMIKA vacuité du soi et des phénomènes
Le SVATANTRIKA démontre la vacuité par syllogismes et le PRASANGIKA démontre la vacuité au moyen du raisonnement par l’absurde.

Les apparences liées par la causalité n’ont en fait pas de substrat réel. L’insubstantialité des phénomènes est leur vacuité d’être en soi.
Telle est la réalité absolue. Les deux réalités sont donc Opposées, puisque l’apparence d’un phénomène, n’est pas sa réalité absolue.
Inséparable, car bien que vides d’existence en soi, les phénomènes apparaissent et bien qu’apparaissant à nos sens, ils sont sans existence en soi.
D’une même essence la nature essentielle ou ultime des phénomènes relatifs est leur vacuité.

Le Bouddha a en effet enseigné une doctrine qui se présente comme la voie médiane entre les deux opinions extrêmes de l'éternalisme et du nihilisme.
Les éternalistes sont ceux qui soutiennent l'existence de phénomènes permanents ou éternels, qu'il s'agisse d'un principe divin, d'un Dieu créateur ou bien d'un principe spirituel comme l'atman ou l'âme.
Les nihilistes, au contraire, soutiennent l'annihilation de l'atman et des actes après la mort.
Face à cette alternative entre l'être et le néant, le Bouddha propose une troisième voie, le juste milieu de la coproduction conditionnée qui expose la nature conditionnée et mutuellement dépendante des phénomènes composés.

En conclusion : l’interdépendance des phénomènes, implique leur absence d’être en soi. Elle nous détourne de l’éternalisme, puisque des phénomènes existant en soi ne pourraient exister en dépendance d’autres phénomènes. Il n’y aurait alors ni production, ni destruction possibles.
Elle nous évite aussi une conclusion nihiliste, puisque les phénomènes apparaissent et existent relativement par le fait de la production interdépendante.

Les phénomènes, n’ont donc pas d’être en soi, mais ne sont pas inexistants non plus. Telle est la voie du milieu (madhyamika).
Et pour conclure :
Comprendre l'interdépendance,
c'est pénétrer le sens de la vacuité.
Comprendre la vacuité,
c'est comprendre le sens de l'interdépendance.
Telle est la vue de la voie médiane,
au-delà des terribles ravins
de l'éternalisme et du nihilisme,
la vue authentique qui ne s'appuie ni sur l'un
ni sur l'autre, ni sur les deux ensemble.

VIIème Dalaï-Lama Kelzang Gyatso (1708-1757)
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