La sainte trinité païenne

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La sainte trinité païenne

Message  Invité le Mer 6 Fév - 6:39

La sainte trinité païenne


Parmi les dieux et déesses de l'Olympe, il en est trois qui forment une classe à part. Disons qu'ils ont, plus que les autres, les pieds sur terre. Déméter est attachée aux racines des blés, Dionysos jaillit du sol comme le cep d'une vigne et Pan, seul dieu mortel, préfère la Lune au soleil de Zeus ! Cette Trinité pleine de santé semble plus à notre portée que bien des divinités.
Déméter et Dionysos n'ont jamais été admis dans l'Olympe. Ils ne font pas vraiment partie de la famille olympienne. Et pourtant... L'un et l'autre sont des dieux, et des dieux essentiels. Aimés, amis des hommes, Déméter et Dionysos sont aussi les deux seuls à leur être réellement utiles. Déméter, déesse du Blé, Dionysos, dieu du Vin.

Déméter est aînée, c'est nature : le blé a été semé bien longtemps avant que l'on ne plante la vigne. Avec le premier champ de blé, la vie organisée a commencé sur terre. Les vignes sont venues plus tard. Pourquoi une déesse ? Parce que dans les tout premiers temps, le temps des chasseurs de la préhistoire, les hommes étaient sans doute à la chasse et les femmes dans les champs. Grâce à Déméter, le champ de blé était sanctifié et le grain était protégé. Et la grande fête de Déméter se célèbre au moment des moissons.
Déméter est si importante, sa puissance si féconde, si profonde, si essentielle à la terre et aux hommes que, s'il y a des fêtes joyeuses et riantes en son honneur, il y a aussi des cérémonies mystérieuses et secrètes. La plus solennelle, en septembre, a lieu tous les cinq ans et dure trois jours. Ceux qui y participent sont tenus au silence. Et ils ont si bien gardé ce silence que l'on sait fort peu de chose sur ce qui s'y passait. Le grand temple de Déméter s'élevait à Eleusis, petite ville voisine d'Athènes. On y célébrait les Eleusinies, ou Mystères de Déméter. Et puis, quand la vigne est venue, on a célébré aussi Dionysos.
Mais Déméter et Dionysos ne sont pas toujours dieux de la joie et de la douceur de vivre. Quand le blé et la vigne meurent, quand les champs s'étiolent et que le gel fend les chemins et que les hommes ont froid, alors Déméter et Dionysos s'attristent et la terre avec eux.



Déméter
Déméter a une fille unique, un seul enfant qu'elle aime plus que tout au monde : Perséphone. Mais un jour de printemps, un jour verdoyant, plein de fleurs et de rires, Perséphone disparaît. Pendant neuf jours et neuf nuits, Déméter cherche sa fille. Elle parcourt le monde, affolée, douloureuse. Elle va en Crète, en Attique, survole les mers. La voici en Sicile, on la voit jusqu'à Pise. Pauvre Déméter, elle questionne, interroge, mais personne ne sait rien. Alors elle va jusque chez Hélios, le soleil, qui enfin lui dit tout car il atout vu. Il a vu Perséphone dans les prairies qui cueillait des narcisses avec ses amies. Il a vu la terre s'entrouvrir et, dans un bruit sourd de sabots, un char apparaître, tiré par des chevaux noirs. De son bras droit, celui qui conduisait le char a saisi Perséphone, l'a serrée contre lui et l'a emportée sans se soucier de ses cris déchirants. Son visage n'était pas très visible, mais Hélios est formel : il a reconnu Hadès, le maître des Enfers. Maintenant, tout est clair... Perséphone est au royaume des ombres, avec les Morts.

La douleur de Déméter est immense. Mais sa colère est aussi grande que sa douleur. Elle jure que la terre restera stérile et sèche jusqu'à ce qu'Hadès lui rende sa fille. Alors commence une année terrible pour les hommes. Aucune semence ne germe. Le bœuf tire en vain le soc dans le sillon. Les arbres fruitiers s'étiolent et périssent. Zeus se rend compte qu'il lui faut prendre les choses en main car il y va du sort du monde. Il y a urgence. Il convoque en hâte Hermès et le dépêche chez son brigand de frère, Hadès.
Voilà Hermès au Royaume des Morts. Perséphone est là, à côté d'Hadès, triste et désolée. Quand Hadès comprend qu'il doit obéir à l'ordre de Zeus, il met une condition : Perséphone ne pourra remonter qu'à condition qu'elle n'ait pas touché de la nourriture des morts. Le cœur de Perséphone bondit dans sa poitrine : elle n'a touché à aucune nourriture depuis qu'elle est ici ! Mais juste avant.. Qu’elle ne parte, Hadès lui fait avaler, sans qu'elle s'en rende compte, un pépin de grenade... Et il fait atteler le chariot d'or.

Hermès mène les chevaux noirs droit au temple de Déméter, à Éleusis. La mère et la fille s'embrassent en pleurant. Tout le jour, elles se racontent leurs aventures et Déméter pleure en entendant l'histoire du pépin de grenade car elle connaît les serments des dieux : Perséphone a mangé de la nourriture des Morts, elle sera obligée de retourner dans leur Royaume. Zeus lui envoie alors un nouveau messager, un très grand personnage puisque c'est sa propre mère, Rhéa en personne, la Terre-Mère. Rhéa descend en hâte des hauteurs de l'Olympe et trouve la solution finale : Perséphone passera trois mois de l'année c en compagnie d'Hadès, et sera reine du Tartare, et les neuf autres mois avec sa mère, sur la terre.
Déméter accepte. Comme au fond elle est bonne et qu'elle aime la vie et les hommes, elle fait reverdir les champs et bourgeonner les arbres et la terre entière se couvrir de fleurs et de feuillages et puis de fruits. Et c'est le premier printemps, et le premier été, et le premier automne. Mais quand arrivent les tristes mois où sa fille doit la quitter, les arbres perdent leurs feuilles et la terre s'attriste dans le grand froid: il y a désormais l'hiver.



Dionysos
Thèbes est sa ville. Il y est né, fils de Zeus et d'une princesse thébaine, Sémélé. Il est le seul dieu dont les parents ne soient pas tous les deux divins. Pauvre et imprudente Sémélé! Elle a formulé un jour le souhait de voir le dieu qu'elle aimait, Zeus, dans toute la puissance de sa gloire. Elle ne savait pas qu'aucun mortel ne survit à cette vision. Et Zeus embrasé s'est montré à elle dans toute l'ardeur de son rayonnement divin. Il est apparu au milieu de la foudre et des éclairs, et Sémélé en est morte. Mais avant qu'elle ne disparaisse dans le brasier, Zeus lui a arraché son enfant près de naître. Il l'a mis dans sa propre cuisse, afin de le dissimuler à Héra, et l'a confié aux nymphes Hyades, maintenant des étoiles qui amènent la pluie lorsqu'elles apparaissent à l'horizon. Dionysos, né dans les flammes et élevé par la pluie, devient ainsi le dieu du vin, ce mélange d'eau et de feu.

Quand ce fou de vie arrive, on entend de loin ses flûtes et les chants, ou plutôt les cris perçants de ses Ménades, les folles femmes rendues ivres par le vin et par leur passion pour ce dieu. Hagardes, les Ménades se précipitent à travers les bois, prennent d'assaut les collines, les dévalent en agitant leurs " thyrses ". Rien ne peut les arrêter. Elles mettent en pièces les animaux sauvages qu'elles rencontrent... pour le plaisir. Oui, pour le plaisir cru de la chair crue, et elles chantent : " Oh, combien il est doux de tomber , épuisées sur la terre, après que la chèvre sauvage a été pourchassée et rejointe. Oh, la joie de ce sang et de cette chair rouge et crue! "

Dionysos a vagabondé dans le monde des hommes, plus loin qu'aucun dieu jamais ne l'a fait. Il invente le, vin sur le mont Mysa, apprend la vigne aux Égyptiens, passe en Libye, pousse jusqu'en Inde où il conquiert le pays entier en donnant comme ailleurs la vigne et le vin, mais aussi des lois et des villes. Puis il revient par l'Europe où, là encore, la vigne fleurit après son passage.
Le voici de retour en Grèce. Un jour, des pirates voguant non loin des côtes aperçoivent, debout sur un rocher, un bel adolescent aux cheveux bouclés. Il semble attendre. Un manteau sombre couvre ses fortes épaules, on dirait un fils de roi. Les pirates, alléchés, s'emparent de lui, veulent l'attacher... Mais les cordages refusent de se laisser nouer. Ils tombent en touchant ses pieds et ses mains. Le bel adolescent reste assis sur le pont du bateau et les regarde avec un sourire au fond des yeux. Le timonier, pris de peur, crie tout à coup : " Laissons-le, c'est un dieu ! ", mais les autres rient et ordonnent de hisser la voile. Le bateau ne bouge pas. Alors, on voit merveille après merveille. Un vin parfumé coule en ruisseaux sur le pont ; une vigne se déploie sur la voile ; un lierre aux feuilles vert sombre s'enroule autour du mât. Frappés de terreur, les pirates ordonnent de virer de bord... Trop tard, car, pendant qu'ils parlent, leur captif s'est transformé en un lion rugissant et terrible. A cette vue, les pirates sautent par-dessus bord. Ils ont tous été transformés en dauphins.

Dionysos est toujours en marche, toujours suivi de son armée de Ménades et de Satyres... Quelquefois doux, heureux et tendre, il est dieu des plaisirs suaves. L'instant d'après, il se déchaîne et devient dieu des plaisirs cruels. C'est la vie même, la vie en personne : contradictoire et inattendue. De toutes les actions néfastes qu'on lui attribue, la plus terrible eut certainement lieu à Thèbes. Dionysos y arrive un jour. Ses Ménades sont là, ivres comme d'habitude, revêtues de dépouilles de faons, chantant des chœurs exaltants. Le roi de Thèbes, Penthée, voit arriver cette troupe, ces folles, ce fou au visage empourpre. Il le fart arrêter et jeter en prison. Mais bientôt les geôliers viennent au palais de Penthée et se jettent à ses pieds : " Cet homme n'est pas un mortel, les portes de la prison ne peuvent se fermer sur lui ! " D'un coup, Dionysos est là aussi, devant Penthée : " Oui, je suis un dieu ! " Et Dionysos sourit en disant cela. Exaspéré, Penthée le fait doublement enchaîner et crie qu'on le ramène à la prison. Dionysos se laisse docilement emmener... Il adonné une dernière chance à Penthée, le bon Dionysos. Maintenant, c'est Dionysos le terrible qui entre en scène.
Il frappe de démence toutes les femmes de la ville, afin qu'elles deviennent pires que les Ménades: lorsqu'elles aperçoivent Penthée, elles le prennent four un animal sauvage, se jettent sur lui et le dévorent après lui avoir arraché les membres. C'est la propre mère de Penthée qui lui arrache la tête. Dionysos est vengé.

Mais déjà il est ailleurs. Il pense à Sémélé, cette mère qu'il n'a jamais connue. Dionysos désire si ardemment la voir qu'il descend aux Enfers. Il veut l'arracher à la Mort. Bien sûr, la Mort commence par refuser : jamais personne n'est passé de trépas à vie, de l'ombre à la lumière. Et pourtant, devant Dionysos et tant de divine vie, la Mort cède ! Dionysos emmène sa mère là-haut, et même avec les autres dieux sur l'Olympe, encore plus haut ! Voilà ce dieu du vin, tendre et cruel, aimable et terrible, bienveillant et sans pitié. Puissance de vie et puissance de mort, Dionysos est tout cela à la fois. A l'image du vin, il réjouit les cœurs, mais il enivre les hommes. Son effet est délicieux ou parfois désastreux.

Dans sa grande folie, il peut être le plus humain des dieux ! Pour lui, les Grecs célèbrent le grand festival de la Grèce, les Fêtes de Dionysos : elles ont lieu au printemps, quand apparaissent les pampres de la vigne et durent cinq jours. Temps de paix et de joie parfaite où même les prisonniers sont relâchés pour participer à l'allégresse générale. Mais ce dieu étrange, joyeux cascadeur, chasseur cruel et inspirateur sublime, est aussi une victime de l'hiver et de la mort. Dionysos meurt chaque année, et sa mort est atroce. Il est la vigne que l'on émonde plus qu'aucune autre plante porteuse de fruits. En hiver, chaque branche est élaguée, seul demeure le cep nu et tordu, pauvre moignon dans le froid. Et toujours, Dionysos revient à la vie, et il revient si fort que l'on oublie dans le vin qu'un jour la vie même l'a tué. Et la grande mascarade, le divin spectacle reprend.
Dionysos, dieu tragique.



Pan
Pan est le seul dieu à être mort !
Un jour, on ne sait plus exactement quand, mais en tout cas peu de temps avant que la religion des chrétiens l'emporte en Europe sur toutes les autres, une voix mystérieuse a couru sur les rives de la mer Égée, disant : " Le grand Pan est mort ! Le grand Pan est mort ! ", Oui, le grand dieu universel de la Nature était fini. Mort, un dieu grec ! Mort, oui, comme les feuilles, les arbres, les fleurs, les hommes et les prairies. Mort comme ce qui naît et vit. Mort selon les lois de la nature. Quel est donc ce dieu assez extraordinaire pour savoir mourir ?

Fils d'Hermès, le dieu rusé, et d'Amalthée, la chèvre nourricière de Zeus, Pan est né moitié homme, moitié bouc, et Hermès l'a aussitôt emmené sur l'Olympe pour amuser les dieux, avec ses cornes sur sa tête d'homme, sa barbiche et ses pattes de bouc. Pan n'aime pas la vie de l'Olympe, il n'est pas fait pour elle, ni elle pour lui. Il s'y ennuie à mourir. Il préfère de loin vivre en Arcadie, une province de la Grèce, garder les moutons et les vaches, danser avec les jolies nymphes. Quand on ose le déranger dans sa sieste, une de ses activités favorites, il se venge en poussant de grands cris. Merveilleux musicien, mais retors en amour (comme tous les dieux, il faut bien l'avouer), il a fabriqué sa flûte " de Pan " avec des roseaux dont l'un est l'une de ses conquêtes féminines : la belle Syrinx. Son plus grand succès en amour, il faut le raconter parce qu'il aime que tout le monde le connaisse : amoureux de la Lune en personne, la froide Séléné, il a réussi à dissimuler son apparence de bouc sous une toison bien propre. Ne sachant pas qui il était autrement elle n'aurait jamais accepte ! -Séléné a bien voulu monter sur son dos... Pour Pan, le reste n'a été qu'un jeu d'enfant !

Dieu des chevriers et des bergers, gai compagnon des nymphes des bois, il parcourt gaiement champs, vallées, forêts, avec ses compagnons Satyres, comme lui des hommes chèvres qui vivent dans les lieux sauvages de la terre. Et quand ils festoient dans les clairières, les Centaures, ces autres êtres étranges, mi-chevaux, mi hommes, se mêlent a leurs danses. Pan est mort un Jour.



Cordialement ! sunny




Dernière édition par Sitting Bull le Ven 19 Avr - 18:59, édité 1 fois

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Re: La sainte trinité païenne

Message  Invité le Jeu 7 Fév - 15:54

merci Sitting bull de nous enchanter en nous racontant la mythologie Greque. On a l' l'impression d'être réunis autour de la cheminée, ça fait beaucoup de bien.

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